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Amedeo Modigliani et ses amis

« Ce que je cherche, ce n’est pas le réel, pas l’irréel non plus, mais l’Inconscient, le mystère de l’instinctivité de la race. »

Amedeo Modigliani incarne à lui seul le rôle de l’artiste maudit au XXe siècle, hérault d’une bohème artistique. Météore dans le paysage du Paris du début du XXe siècle, son génie, sa personnalité flamboyante, parfois emprunte de parfum de scandales, semblent avoir consumé un homme au destin romanesque.

Né à Livourne en Toscane le 12 juillet 1884, Amedeo Modigliani est issu d’une famille juive et cultivée , intégrée à l’importante diaspora sépharade installée dans une ville qui depuis la fin du XVIe siècle, était permissive et cosmopolite. Très tôt l’enfant se révèle d’une santé fragile ; il contracte jeune une pleurésie avant que les médecins ne détectent une tuberculose.

Faire un portrait de Modigliani: Il vient d’une famille érudite. Son grand père Isaac, sa tante Laure initient le jeune Dédo à la philosophie, à la mystique juive, à la poésie. Elève médiocre, Modi lit à 15 ans F. Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra, Baudelaire, d’Annunzio. Il admire l’art des étrusques, Tino Di Camaino, Boticelli, les préraphaélites anglais. Il était beau, très élégant, toujours habillé d’un costume de velours côtelé noir , un foulard rouge autour du cou : habillement qui était celui des artistes de la bohème mais aussi des anarchistes. Modigliani avait lu avec voracité Kropotkine. Il était d'un caractère difficile : colérique, violent parfois surtout quand il avait bu. Alcoolique, solitaire, très individualiste, iI refuse les écoles. Il travaille très vite et beaucoup à la fois.

L’artiste s’installe à Paris dès 1906. Il intègre le milieu artistique de la bohème de la butte Montmartre, fréquente la communauté d’artistes venant des horizons géographiques les plus divers, et composés d’artistes de toutes nationalités attirés par la Ville-lumière de Pablo Picasso, Moise Kisling, Kees van Dongen, Léopold Survage au mexicain Diego Rivera. Il côtoie également les poètes et hommes de plumes proches de ces artistes, Max Jacob, André Salmon, Guillaume Apollinaire, plus tard pendant la Grande Guerre Blaise Cendrars et Jean Cocteau.

Modigliani arrive quelques mois après le célèbre scandale des Fauves au Salon d’automne de 1905 ; l’année suivant son arrivée a lieu la rétrospective posthume de Paul Cézanne qui ébranle l’ensemble des artistes et tout particulièrement le jeune artiste. Picasso peint Les Demoiselles d’Avignon en 1907 qui scelle définitivement un processus profond de déconstruction de la représentation en Occident issue de la Renaissance. Pour autant, Modigliani ne s’engage pas dans les grandes convulsions esthétiques, du cubisme de Picasso et Braque au futurisme de Marinetti, par esprit d’indépendance farouche, voire « autoritaire ».

L’artiste reçoit très tôt le soutien financier d’un jeune médecin, Paul Alexandre, qui lui assurera revenus et lieu pour travailler. Par son intermédiaire vers 1908, Modigliani fait la rencontre du sculpteur d’origine roumaine Constantin Brancusi, avec lequel s’établit d’emblée une amitié et une complicité. Modigliani se consacre alors à la sculpture, expérimentant la taille directe plutôt que le modelage. Ses têtes aux formes allongées, aux longs cous et aux yeux sombres dépourvus de pupilles et au port hiératique sont imprégnées des cultures anciennes, de l’art égyptien qu’il découvre au Musée du Louvre, de la statuaire des Cyclades ou encore des primitifs ibériques. Les débats sur l’art nègre, qui animent le milieu artistique, de Vlaminck, à Derain, Picasso, ou Braque, n’est évidemment pas sans incidence dans le langage sculptural de Modigliani mais le tableau serait incomplet si nous n’évoquions pas une élégance du visage, empruntée vraisemblablement à la sculpture khmer que Modigliani verra au Musée Guimet.

Son état de santé précaire depuis l’âge de 16 ans à cause d’une tuberculose, se dégrade sous les effets d’excès d’alcool et autres substances stupéfiantes. Ces raisons de santé et d’autres considérations sur l’étroitesse du marché de la sculpture moderne invoqué par son marchand, contribuent à faire renoncer l’artiste à la taille de la pierre et son lot de poussières nocives pour les poumons, pour revenir à la peinture.

La guerre déclarée, Modigliani perd une grande partie de ses camarades partis au front et en particulier celui qui lui assurait ses revenus matériels Paul Guillaume. Le poète Léopold Zborowski prendra le relais. ll peint alors quelques 300 portraits en cinq années, pour la plupart de ses amis peintres et de leurs compagnes. En 1916 il retrouve Blaise Cendrars, qui revient amputé du combat. Modigliani fera de Cendrars un portrait émouvant. De Max Jacob rencontré dans les mêmes années Modigliani fera également deux extraordinaires portraits. En homme lettré, la littérature l’inspire. Modigliani semble atteindre une certaine « plénitude » de son art, réussissant à faire poindre derrière le masque des visages, une réalité intime qui en fait la saisissante beauté.

L’exposition :

L’exposition couvre l’ensemble de la carrière de l’artiste et présente les oeuvres selon leur période.

  1. Modigliani à Livourne :

En 1898, il est inscrit à l’atelier du peintre Guglielmo Micheli, membre du mouvement macchiaioli, terme signifiant tachistes. Les macchiaoili privilégient les paysages pris sur le vif et s’apparentent aux impressionnistes français. Leur chef de file est Giovanni Fattori qui viendra à Paris en 1875 rencontrer Corot. Modigliani rencontre dans ce cours d’autres peintres qui vont devenir ses amis, parmi lesquels Aristide Sommati, Llewelyn Lloyd et Oscar Giglia. Sa mère Eugénie Garsin emmène son fils pour raisons de santé dans le Mezzogiorno , au sud de l’Italie, en 1901 et lui fait visiter les musées de Naples, Capri, puis Rome et Florence. le jeune Amedeo découvre à la fois les primitifs italiens, l’art étrusque et l’architecture gréco-romaine. Il va découvrir l’œuvre du sculpteur siennois (XIVe siècle) qui sera déterminante pour ses travaux de sculpture. En 1902, Modigliani s’inscrit à l’Académie de Florence chez le vieux peintre Fattori, Il peint alors ses premiers portraits ainsi que des paysages, thème qu’il abandonnera quasi définitivement une fois arrivé à Paris... A Venise en 1903, Modigliani découvre la peinture de Bellini, Tintoretto ? Veronese, Tiepolo, mais aussi les cercles ésotériques où l’on se livre à l’occultisme en fumant du haschich. Il rencontre Ardengo Soffici (le fondateur de la revue Lacerba) et Manuel Ortiz de Zarate qui lui transmette le désir de se rendre à Paris. Au travers de reproductions de photographies et d’archives, nous aborderons les années formatives de l’artiste, qui lit Dante, Nietzsche, Baudelaire et d’Annunzio

  1. Les premières années parisiennes :

Les toiles de cette période sont fortement marquées par le réalisme aux traits forcés de Henri de Toulouse-Lautrec et Théophile Alexandre Steinlen. Modi a découvert les dessins de Toulouse-Lautrec dans la revue satirique Le Rire, très diffusée en Italie. Soffici avait lui travaillé avec Steinlen pour le Gil Blas. Modigliani arrive à Paris durant l’hiver 1906 et rencontre toute la bohème parisienne, de Canudo qui dirige la revue Montjoie, à Apollinaire, Picasso, Braque, Paul Fort. Nouvelle formation visuelle pour Modigliani : la galerie de Paul Durand-Ruel avec les impressionnistes, celle d’Ambroise Vollard avec Cézanne et Gauguin, puis celle de Clovis Sagot avec Picasso et Matisse. L’exposition rétrospective de Gauguin en 1906 marque toute l’avant-garde parisienne à laquelle prétend adhérer Modigliani. c’est l’œuvre de Paul Cézanne découverte au Salon d’automne de 1907, qui inspire l’artiste. Modigliani rencontre le poète Max Jacob, qui réveille chez lui son goût pour l magie et l’occultisme et les textes de la mystique juive auxquels l’avait initié son grand-père Isaac. D’abord installé à Montmartre au Maquis près du Moulin de la galette, le peintre Henri Doucet l’introduit dans le phalanstère du 7 rue du Delta, mis à disposition par deux jeunes médecons Paul et Jean Alexandre (Dentiste). Il peint Le Portrait de Maurice Drouard (image) pour s’excuser dans un excès de colère d’avoir mis le feu au Delta. La Juive (non exposé) le Portrait de Jean Alexandre et surtout La mendiante, démontrent l’influence grandissante de Cézanne sur sa peinture. En 1908 grâce à Paul Alexandre il expose au Salon des Indépendants mais ses oeuvres sont peu remarquées : le cubisme faisant l’actualité.

  1. Têtes sculptées et « Le Temple de la volupté » :

Selon Jeanne Modigliani, la fille de l’artiste, auteur d’une biographie, l’appel de la sculpture daterait chez Modigliani de l’année 1902 et de sa découverte de l’art étrusque et des primitifs italiens. La Carita de Tino di Camaino du Museo Bardini de Florence eut une influence capitale sur Modigliani. Les arts primitifs exercent une fascination sur les artistes modernes : de Vlaminck à Derain , de Matisse à Picasso en passant par van Dongen, l’art des masques africains, les figures hiératiques de l’art khmer, les fétiches de dévotion inspirent l’ensemble de l’avant-garde. La rétrospective Paul Gauguin, présentée au Salon d’automne de 1906 fut déterminante pour Modigliani comme pour les autres. A partir de 1907 insatisfait de sa peinture, il commence à sculpter la pierre selon la technique de la taille directe ainsi que le bois. Il fait la rencontre de l’inventeur de la sculpture moderne, le roumain Constantin Brancusi en 1908. Cette section abordera la proximité avec Constantin Brancusi au travers de quelques-unes des œuvres-phares de Brancusi : Princesse X, Mademoiselle Pogany III ainsi qu’une série de photographies du sculpteur roumain prises de ses œuvres dans la lumière de l’atelier. La taille directe dans le bloc de matériau évoque toujours un pan de mur, un soutènement. Alors que Cézanne, Derain, Braque ou Picasso revisite le thème des Baigneuses, Modigliani développe la « Figure féminine idéale » dans le cadre d’un univers supérieur, « Le temple de la volupté », dédié au pouvoir hypnotique de la femme. Son langage trouve alors un parfait équilibre entre modernité et art ancien. Les têtes de Modigliani sont des divinités. L’œuvre sculpté de Modigliani sera mis en relation avec les œuvres de Henri Laurens, Jacques Lipchitz, son voisin de l’atelier de la Cité Falguière à Montparnasse ou encore Zadkine , autre tenant de la technique de la taille directe. Zadkine était lui aussi d’un tempérament tourmenté et les deux hommes partageaient une grande amitié. L’influence de l’occultisme, et en particulier la tradition secrète du Zohar qui sera démontrée chez Brancusi pour la réalisation du Baiser est également manifeste dans les Têtes de Modigliani. L’art égyptien, emblématique d’un langage réservé aux initiés, est très présent dans la confection de têtes très allongées aux cous démesurés.

  1. Les nus :

Sollicité par son marchand Léopold Zborowski, Modigliani aborde le nu à partir de 1915-1916. Plusieurs seront présentés à la galerie Berthe Weill en 1917. L’exposition fait scandale quand Berthe Weill décide d’installer des œuvres dans la vitrine, visible des passants qui s’agglutinent sur le trottoir. L’exposition qui aurait pu assurer une certaine notoriété à l’artiste et en laquelle croyait son nouveau protecteur, est fermée par la police. La sensualité des modèles, leur pilosité exposée au regard était considéré comme une atteinte à la pudeur. Ces nus allongés, lascifs, les mains derrière la tête dans une pose alanguie évoquent à la fois La Grande Odalisque d’Ingres et L’Olympia de Manet. Mais il y a une audace inédite dans ces nus.

Ses tableaux sont plus épurés

Ces nus sont éxécutés d’une peinture très dense. Une touche juxtaposée qui modèle , qui sculpte les formes d’un corps en chair. La pose du modèle est à la fois voluptueuse et lointaine ; la femme est intouchable, hors d’atteinte, à la manière d’une nymphe que les Dieux ne peuvent atteindre..

  1. La « plénitude » de Modigliani

Entre son renoncement à la sculpture en 1914 et sa disparition six ans plus tard, Modigliani va se consacrer quasi exclusivement à l’exercice du portrait ; il en réalisera près de 300. Le fameux style Modigliani rend compte superficiellement d’un artiste qui atteint une certaine plénitude. La « figure idéale » abandonnée, il s’approche de l’être, de la profondeur de son moi intérieur, derrière un visage qui prend le masque pour se protéger. Ces visages sans regard pourtant en disent long sur, à la faveur d’un trait, d’une couleur, d’une attitude, sur les faiblesses et les forces du modèle. Depuis 1913, Modigliani a totalement assimilé la leçon de Cézanne pour ses portraits , simplifiant la pose et l’expression des visages, réduisant à peu le décor et l’espace environnant ; la notion traditionnelle de volume a disparu. Très progressivement, Modigliani asseoit sa renommée ; il expose à l’étranger : à NY en 1916 a la Modern Gallery 5e avenue en cie de Brancusi dirigée par Marius de Zayas. Il expose également au Cabaret Voltaire à Zurich en 1916 , chez Berthe Weil en 1917 puis en 1919 à la Mansard Gallery de Londres. De nouveaux clients : Francis Carco, Dutilleul, Gustave Coquiot. Pour autant rien ne vient modifier ses conditions de vie extrêment précaire jusqu’à sa disparition en janvier 1920. .Au salon d’automne de 1919 aucune vente !

  1. Le cercle de Modigliani

Arrivé à Paris, Modigliani souhaite d’emblée rencontrer Pablo Picasso au Bateau Lavoir. Picasso fait venir Modigliani à Montmartre ; Pour autant les deux artistes ne se fréquenteront quasiment pas ; Modigliani ne participant pas aux fêtes du Bateau lavoir. Le livornais sera en revanche très lié à Maurice Utrillo, autre figure du clochard céleste de Montmartre, le fils de Suzanne Valadon. Moise Kisling, Chaim Soutine, ami et voisin de l’Impasse Falguière à Montparnasse. Une sélection d’œuvres de ces artistes permettra de donner le contexte pictural parisien (la fameuse Ecole de Paris) dans lequel Modigliani a crée.

Chaim Soutine : originaire de Smilovitch près de Minsk. A l’Ecole des BA de Vilnius, Soutine est la victime de persécutions envers les juifs. arrive à Paris en 1913 de Lithuanie, affamé, hirsute, sale,en loques mais cherchant la liberté en tant que juif. Modigliani le rencontre à La Ruche. Histoire du bœuf écorché Cité Falguière. Souvent vagabond, il ne dispose pas de conditions matérielles correctes.

Moise Kisling : Arrivé de Cracovie en 1910, Chaleureux, optimiste il est de toutes les f^petes de Montparnasse. Ne connait pas la misère, Kisling est toujours prompt à aider ses amis. En 1912 au Salon des indépendants, il a la chance qu’une de ses toiles soit placée entre celle de Picasso et celle de Matisse (pour questions de taille) : ce qui lui vaut un succès immédiat.

Baronne d’Ottingen et Survage : La baronne Hélène von Oettingen, la belle Yadwiga dont Soffici avait parlé à Amedeo qd ils se rencontrent à Venise, rachètent la revue Les soirées de Paris et le co-dirige avec Guillaume Apollinaire. Collaborent De Chirico, HP Roché, Marc Chagall etc…L’étonne baronne jolie et élégante est devenue peintre cubiste et auteur de poèmes et d’articles. Le premier numéro de la nouvelle série sort en le 15 novembre 1913. Vont y collaborer Picasso, Cendrars, Léopold Survage faisait partie du cercle. Modigliani l’avait rencontré en 1911 au salon d’automne. Les Rythmes colorés

Gino Severini : Modi le rencontre près du maquis devant le Moulin de la galette. Il lui fait découvrir le Lapin agile, cabaret de Montmartre où se retrouve la bohème artistique. Severini tente d’enrôler Modigliani dans l’aventure futuriste, sans succès.

Prof. Jean Michel Bouhours

Centre Pompidou, Paris

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Published by jean-michel Bouhours