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Commissariat de l'exposition José Antonio SISTIAGA

Reflexiones en un jardin imaginado au Koldo Mitxelena, San Sebastian, Gipuzkoa, (Espagne) : plus de 100 oeuvres de l'artistes, du 16 juin au 24 septembre 2011.

 

José Antonio SISTIAGA

Reflexiones en un jardin imaginado 

 

 

 

L’exposition Reflexiones en un jardin imaginado , présentée au Koldo Mitxelena  présente au travers de plus de 100 œuvres , un des artistes contemporains basques les plus originaux de sa génération. Interdisciplinaire (peinture, dessins, films, caissons lumineux) elle rend compte de la richesse et de l'interdépendance des medium dans la quête permanente d’un dépassement de la condition de la peinture.  

 

Sistiaga est un peintre fondamentalement abstrait, même si à la faveur du thème du nu, il va démontrer au cours des années 70 et 80, ses qualités inouïes de dessinateurs d’après modèle (une salle présentera une sélection de ce travail atypique où figuration et abstraction ne sont pas antinomiques). Son œuvre, « Paisaje vizcaino », datée de 1954 et point de départ de cette exposition, illustre la découverte de la peinture du russe Vassili Kandinsky, le père de l’abstraction, et qui inspira à Sistiaga le chemin dont il ne se détournera plus, d’un art « non objectif".

 

 

Installé à Paris au milieu des années 50, Sistiaga se retrouve dans le contexte de l’abstraction picturale et plus particulièrement de l’abstraction lyrique, où le geste pénètre et détermine la composition, puis de ce que génériquement on a appelé l’art informel, courant contemporain qui s’affirmait comme le dépassement radical du cubisme et du surréalisme. Sa rencontre à Paris avec un artiste andalou Manuel Duque, va sensibiliser Sistiaga aux peintres « nuagistes », dont les figures tutélaires que sont Wols et Fautrier ont largement influencé ses premiers travaux ( « Dessins noirs »)

réalisées entre 1958 et 1961.  

 

Dans l’histoire du cinéma abstrait, l’auteur du film sans caméra le plus long jamais réalisé Ere Erera baleibu….(1968-70) est considéré comme une figure prométhéenne. Conçus dans l’exacte continuité de son travail pictural, ses films ont demandé à leur auteur souvent plusieurs années d’un  travail précis et méticuleux. Dans la lignée de Norman MacLaren et de Len Lye, les « inventeurs » du « film direct », c’est-à-dire dire du film peint, dessiné ou gratté à même la bande de celluloïd, José Antonio Sistiaga a tenté de s’approcher le plus possible pour chaque image de ses films –et il y en 24 par seconde de projection- des conditions de ses  tableaux. D’où le recours au format 70mm 15 perforations, le format de l’IMAX, dix fois plus grand que l’image 35mm réservé d’habitude aux peplums, aux kinopanoramas et aux salles géodésiques. Le peintre est entré d’emblée dans le Grand Spectacle. Le « film direct » produit une vitesse visuelle inédite de mouvements particulaires browniens ne répondant qu’aux effets du hasard, les effets de masse d’agglutinements ou d’éparpillements de particules libres dans l’espace, les gerbes explosives de l’art pyrotechnique et les images subliminales.

 

Le cinéma a ouvert à Sistiaga l’iconographie astrophysicienne de l’univers. Ses paysages ne sont pas ceux de l’observation immédiate, de ce qui est phénoménologiquement accessible. Le champ de sa vision personnelle est celui d’un monde hors des limites du visible, infiniment petit, le monde de la matière, des quarks ou infiniment grand ( les novae, les trous noirs, ..).

 

L’exposition est conçue comme un déambulatoire dans un espace central interstitiel favorisant les perspectives pour valoriser le caractère interdisciplinaire de l’œuvre de Sistiaga. Cet espace central dessert des salles thématiques situées en périphéries du parcours, et qui sont consacrées aux peintures noires, aux dessins érotiques, aux thèmes du cosmos, des quatre saisons, ou transformées en salle de projection pour reproduire les conditions d’un cinéma total. J’ai cherché à ce que le visiteur fasse ainsi lui-même l’expérience de l’intermédialité qui est à l’œuvre. Les deux salles contigues noires, la première  où est présenté le film  Impresiones en alta atmosfera  et la seconde présentant quatre tableaux de la série Cosmos  illustrent un dépassement des catégories et des dichotomies entre cinéma et peinture. « Ver la noche » était un des titres de ces tableaux. Nous l’avons traduit en langage muséographique : voir la nuit, voir de nuit. La vision nocturne renvoie à des conditions extrêmes de la perception et plus encore à des conditions extrêmes de la peinture. José Antonio Sistiaga a cherché pour sa peinture à repousser les limites de la perception humaine : vision de nuit, vitesse et rythmes, images subliminales. 

(c) Jean-Michel BOUHOURS

 

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